Partager l'article ! Capitaine, oh capitaine…: Jour idéal pour faire naviguer un apprenti capitaine qui a encore bien du mal à maîtriser son fringant navire. ...
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IUFM Midi-Pyrénées |
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Jour idéal pour faire naviguer un
apprenti capitaine qui a encore bien du mal à maîtriser son fringant navire. Beau temps ensoleillé, température douce sans être trop chaude, tendre zéphyr qui n’essaie pas d’arracher tout ce
qu’il trouve sur son chemin. Force 2 à 3 selon la météo… Voilà qui est bien pour moi. En outre, je dispose aujourd’hui de quantité de matelots et mousses. Outre Nadine, le second de Bleu Pastel,
un vieux loup de mer, Eric, ancien des glénans, ma petite sœur, qui vient pour ne pas rester seule sur le bord du quai, et nos deux mousses, Cécile et Sanya.
Je commence à m’habituer à Bleu Pastel. Je trouve mes marques et nous ne perdons pas trop de temps à le préparer à notre aventure marine. Le moteur démarre au quart de tour, je le manie de mieux en mieux. Eric largue les amarres et les met sur le ponton au mieux pour notre retour. Marche arrière lente, avant, sortie de port, tout baigne. Nous nous éloignons de quelques encablures, cap au vent, je hisse la voile cependant qu’Eric surveille la barre. Je déroule le génois, et c’est parti. Vent de sud, au portant, vers le nord. Nous n’avançons pas trop vite, le vent est faible, mais nous ne sommes pas pressés. Nous avons l’après-midi devant nous ! Nous passons les Dosses, le lac marin est bien fréquenté aujourd’hui, d’autres navigateurs ont fait le même choix que nous. Nous filons plein nord. Le bateau avance quasiment seul aussi, nos mousses s’ennuient. Sanya aimerait bien jouer les figures de proue. Elle a vu cela dans les magazines. Nous la couvrons de recommandations car nous ne voudrions pas la perdre en route. Je lui donne des conseils de marins : avoir toujours une main pour s’assurer.
Et voilà Sanya allongée au soleil sur le pont
avant de Bleu Pastel. Mais le pauvre bateau est bien petit pour une telle figure de proue et Sanya est à l’étroit là devant. En outre, elle croyait bronzer au soleil, mais les voiles lui font de
l’ombre aussi elle ne reste pas longtemps en ce lieu inconfortable. Ce serait peut-être mieux au mouillage, voiles carguées, Mais pour le moment, nous naviguons. Pas très vite il est vrai, même
si nous sommes au portant… Car le vent reste pour le moins modéré. Mais malgré cela, nous taillons notre route. Petit à petit, nous approchons du grand pont routier au niveau du grau du pont de
Leucate. Voilà un amer bien visible, on le voit de loin et l’on s’y croit presque alors qu’il est encore à bonne distance.
Il n’est pas facile de se repérer depuis le navire. On connaît bien le paysage depuis la terre, on a une image des côtes, des îles, des plages, mais lorsqu’on est de l’autre côté du rivage, sur l’étendue liquide, on ne reconnaît plus rien, et tout d’abord parce que la côte semble, de la mer, étonnement plate. C’est cette capacité à retourner l’espace pour me repérer qu’il va me falloir développer. Le lecteur va certainement se gausser m’imaginant perdu sur le lac de Leucate autour duquel j’ai tourné mainte fois en voiture, dont j’ai arpenté les rives au cours de maintes promenades, mais j’ai besoin de reprendre régulièrement mon GPS pour savoir où je suis en réalité et opérer ce retournement de l’espace pour retrouver mon espace connu.
J’ai installé sur mon iPad une application GPS qui m’est fort utile, même si je me contente pour le moment de quelques ronds dans l’eau. Il s’agit de l’application « Navionics » qui me présente une carte familière où je me retrouve facilement. Comme le lecteur le verra plus loin, elle me sera fort utile au retour. Mais nous n’en sommes pas encore là… Nous cinglons toujours plein nord et nous trouvons bientôt à la hauteur de l’île aux oiseaux. Pour cette fois, j’évite de trop m’en approcher de crainte des hauts fonds. Tout le monde m’a mis en garde contre la faible profondeur du lac. Aussi, je garde un œil sur le sondeur. Pour le moment tout va bien, et la sonde reste entre 3 et 4 mètres. Nous avons de la marge. Mais il faut rester prudent. A un moment, je vois la profondeur diminuer , approcher les deux mètres passer au-dessous. La marge nreste bonne mais il vaut mieux revenir vers des fonds plus importants.
C’est que j’aimerais ne pas rester trop loin des rives pour faciliter la nouvelle occupation que j’ai proposée à Cécile. Comme elle s’ennuyait, je lui ai proposé de réaliser notre première expérience de pêche. J’avais une ligne de traîne toute neuve jamais mise à l’eau, j’ai demandé à Cécile de l’essayer. Elle retient donc du bout de l’index une ligne qui suit notre sillage et nous avons tous l’espoir qu’elle nous pêche le repas vespéral. Un bon loup serait le bienvenu. Même si je sais que le temps ne se prête pas à une telle chasse. Pas assez de vent. Les loups, m’a dit un vieux pêcheur du Cap Coudalère, ne chassent que lorsque le vent est vif et fait remonter les petits poissons brouteurs. C’est à ces moments là que l’on peut espérer les tromper avec les artifices de nos lignes. Je l’ai expliqué à Cécile par honnêteté, mais nous gardons quand même espoir… Sait-on jamais… Cécile va veiller sur sa ligne tout au long de notre longue navigation. Nous sommes partis vers 14 heures, il est déjà plus de 15 heures, et, comme on va le voir, du fait des vents contraires, nous ne rentrerons au port qu’après 18h…
Et justement, je pense à ces vents
contraires et au mal que nous avons eu, lors de notre dernière sortie, à revenir au port. Il faut dire que si le matin, la brise vient de la terre, elle tourne dans l’après-midi pour venir de la
mer, c’est à dire, pour nous sur le lac, du sud, c’est à dire… du port… Nous n’allons pas pouvoir rentrer directement, d’un seul bord… En prévision de ces difficultés, nous virons de bord et
revenons vers le sud au près. Mais le port est exactement dans le lit du vent et plus nous en approchons, moins nous pouvons tenir un cap direct. Nous filons inexorablement vers l’autre rive.
J’espère que nous pourrons aller assez loin pour virer à nouveau de bord et rejoindre le port au portant. Mais mon espoir est vain. La côte opposée est trop proche. Pour le moment, la
profondeur est encore satisfaisante, mais un pêcheur m’a mis en garde sur les hauts fonds de cette rive là aussi, lorsque la sonde indique une profondeur inférieure à 2 mètres, je me décide à
virer de bord. Si sur la première partie de la navigation c’est Eric qui barrait, c’est maintenant moi qui suis aux gouvernes et j’ai du mal à tenir un près serré. J’ai tendance à laisser le
bateau aller au lof et mes réflexes ne sont pas encore très bon. Je réagis trop vite sans anticiper sur l’erre du navire et il a du mal trouver un cap bien fixe. Nous faisons même à un moment un
tour complet, un vrai rond dans l’eau. Nous approchons du port, mais en déviant toujours un peu trop vers le nord, aussi, je me décide à affaler et à rentrer au moteur.
L’idée était judicieuse, je le comprends lorsque nous approchons du chenal en eau profonde. Les grosses vedettes motorisées y jouent à faire des allées et venues qui soulèvent des mini tempêtes. Et surtout, j’ai l’impression qu’ils sont peu attentifs aux bateaux à voile, prioritaires pourtant. Je suis longitudinalement le chenal attendant que tous ces bruyants engins soient éloignés, et je le traverse lorsqu’ils sont à l’autre bout de leur course où ils virent pour revenir étrave redressée comme un cobra royal.
Entrée très lente dans le port, bonne position pour revenir au catway… Parfait, je rentre exactement à ma place. Eric assis à l’étrave attrape la première amarre, Nadine me croche l’autre amarre de sûreté. Bon retour, je commence à savoir revenir… Nous verrons demain pour une prochaine sortie : la météo s’annonce bonne et un nouveau matelot s’est porté volontaire…