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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 15:54

barreur1Je n’avais jusqu’alors navigué que sous les ordres de capitaines chevronnés, baroudeurs des mers, dévoreurs de tempêtes, navigateurs au long cours qui avaient essuyé des ouragans sur toutes les mers du globe, Bébert, le tour du mondiste, écumeur du Fastnet et de la withebread, Le maître de voile qui ne comptait plus ses traversées de l’Atlantique ou de la Méditerranée, Paul le Pirate, qui avait hanté pendant des années les côtes du golfe du Mexique, d’île déserte en île déserte… Il fallait bien qu’à mon tour j’assume le commandement de Bleu Pastel…

 

Pendant quelques jours, j’avais tergiversé prétextant du vent qui me semblait un peu fort pour un baptême de capitaine. Je me disais qu’il fallait commencer doucement, avec juste le vent qu’il faut, un vent léger et doux qui pousse les voiles sans violence et sans casse. Or, nous avions eu en cette fin de juillet un temps particulièrement agité. Même ici, où le temps était plus clément que dans le reste du pays, il y avait tous les jours une petite tramontane qui rafraichissait l’air mais levait la houle et exigeait certainement la prise d’un ou deux ris. Et je ne savais pas réellement prendre ces damnés ris… J’aurais pu en profiter pour appeler à l’aide le maître de voile, mais d’un autre côté, il fallait aussi que je me décide à me lancer seul à la mer… Il faut toujours une première fois…

 

Hier, comme chaque soir, j’ai regardé avec attention la météo locale. Chance !!! Il était prévu après des jours et des jours de vent soutenu et de bourrasques un peu sèches, un vent bien plus doux, force 2 à 3. Un petit vent gentillet qui fait avancer le bateau mais tout doucement, sans heurt et sans violence… Ce matin, au lever, je regarde si la météo tient ses promesses… Peste soit-il, elle les tient, un léger zéphyr tout juste. Je n’ai donc plus d’excuses… Il va falloir y aller. Puisque c’est comme ça, ne tergiversons pas. Allons-y sans attendre, à peine sorti du lit… Au moins, dans la matinée, il fera moins chaud que dans l’après-midi…

 

bato1Nous voici donc partis au port où Bleu Pastel est amarré. L’amarrage… Voilà une question à laquelle je n’aurais jamais eu l’idée de penser avant mon arrivée chaotique  au port la dernière fois avec Paul le Pirate. Je n’avais jamais pensé que manœuvrer un bateau au port puisse être aussi délicat que manœuvrer une voiture pour se parquer. J’ai toujours eu du mal à garer comme il faut ma voiture et je rate deux créneaux sur trois. Quand à celui que je réussis, il est tout juste acceptable avec un pourcentage d’erreur assez élevé. J’avais découvert lors de mon premier accostage que j’étais aussi peu doué sur l’eau que sur terre. Aussi, j’avais longuement étudié la question et avais demandé des conseils à des experts. Ils m’avaient expliqué toutes les finesses de l’amarrage et l’art de préparer  au ponton les amarres toutes prêtes à être saisies à l’arrivée et posées sur le bateau. Arrivés au port, nous avons donc une dernière fois examiné les amarres que nous avions minutieusement posées. Tout semblait convenable. Paré pour le retour.

 

bp-hisse-1-DSC04306Sortie du port au moteur à toute petite vitesse, et à quelques centaines de mètres de la sortie du port, je mets cap au vent pour hisser la voile… Moteur éteint et relevé,  je souque la drisse de grand-voile… Restons en là, aujourd’hui, ne tentons pas le diable et n’essayons pas de voler sur l’eau. Pas de  génois, contentons nous d’une seule voile, ce sera plus simple à surveiller… Bleu Pastel démarre, je mets cap au nord, vers Leucate… On ne va pas très vite faute de vent et faute de voiles, mais je préfère cette allure de sénateur, mon cerveau a presque le temps d’analyser ce qui l’environne…

Nous allons ainsi un moment, puis, craintif, je me dis que ce pourrait être une bonne idée que de venir croiser aux alentours du port. Je vire de bord, et c’est là que je comprends que le vent ne permet pas tout… Il est maintenant de face, il vient quasiment du port… Et il refuse de me laisser aller droit. Je m’escrime à prendre mon cap, mais voilà qu’au beau milieu du lac, des pêcheurs ont planté des piquets pour signaler leurs lieux de pêche.  Evidement, je veux les prendre au large, mais le vent capricieux se joue de mes efforts et m’y amène droit… J’essaie de virer à bâbord, le bateau part sur tribord… Cela me rappelle la fois où j’avais tenté de me déplacer sur un cheval qui avait décidé de me faire devenir chèvre…

 

Tant bien que mal on semble s’approcher du port, mais pour cela, le seul moyen, c’est de partir à rebrousse port, mettre le cap sur l’autre rive. Un petit croiseur derrière nous me donne l’exemple, il met aussi le cap vers l’autre rive du lac, mais il va bien plus vite que nous… Il triche : il a deux voiles, et des marins qualifiés… Il nous passe et continue. Nous le suivons. De loin. Lorsque je le vois virer de bord et partir vers le port, je me dis que je vais faire pareil. Hélas, trop pressé, je vire de bord trop tôt, je vais vers le port mais comme le vent est du sud est, je ne peux viser l’entrée du port, Bleu Pastel se déporte infailliblement sur bâbord. Je vais rater l’entrée du port… J’aurai aimé m’approcher au plus prêt de l’entrée du port et n’affaler qu’au dernier moment, mais j’en ai assez… J’affale la grand voile, remet le moteur en marche et c’est la tête basse que nous allons vers le port au moteur…

 

Voici maintenant la dernière épreuve, l’accostage. On rentre en vitesse minimale dans le port, je prends le plus au large possible pour bien viser ma place. Qu’elle est étroite !!! Arrivée lamentable avec des essais multiples, au ponton, Nadine saute sur le catway, me donne la première amarre, mais le bateau s’échappe… Une vacancière apitoyée vient à notre secours et nous aide à arrêter la bête… Nous l’amarrons enfin…

 

Finalement, nous avons réussi, non seulement à partir, mais même à revenir… Ce n’est pas si mal… Même si maintenant, la moitié des marins du Barcarès se moquent de nous en se racontant notre misérable équipée…

Par Patrick L. - Publié dans : Mer
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