Partager l'article ! Un homme à la mer... (2): Malgré mon caractère aventureux, je reste d’une grande prudence, aussi, bien que comptant sur l’efficacité du m ...
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IUFM Midi-Pyrénées |
| Mai 2012 | ||||||||||
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Malgré mon caractère aventureux, je reste d’une grande prudence, aussi, bien que comptant sur l’efficacité du maitre de Voile, j’avais pris des précautions pour cette course lointaine. Je m’étais harnaché d’un gilet de sauvetage pour parer à l’éventualité d’un naufrage. C’était d’autant plus prudent que je nage à peu près aussi bien qu’un fer à repasser. C’est à dire qu’en fait, j’arrive à nager, sur plusieurs mètres même, à condition d’avoir l’assurance de pouvoir poser le pied au sol si jamais il m’arrivait de m’embrouiller dans la délicate gymnastique du nageur. Ainsi, pour nager, il me faut partir debout dans l’eau. Avec pas trop d’eau. Pour retrouver le sol plus facilement. Je me lance alors. En douceur, et je nage. Mais en lançant régulièrement un pied vers le fond pour vérifier sa présence. Après lecture approfondie des cartes marines de la région, j’avais dû convenir que la profondeur risquait parfois de dépasser la confiance que je gardais pour mes capacités de nageur. J’ai donc acheté une brassière de sécurité pour marin confirmé, à ouverture automatique en cas de chute malencontreuse à l’eau.
Ce matin là, le temps, contre toute civilité avait désobéi à la météo marine qui la veille annonçait un vent raisonnable. Le vent était plus fort que prévu. Rien de bien méchant toutefois mais un petit force 7 qui cachait des bourrasques imprévues. Mais la traversée était programmée, il fallait partir !!! Le maitre de Voile lui-même reconnut qu’il y avait un peu de vent pour un jeune padawan de mon acabit, mais il n’était pas inquiet. Tout ce que nous risquions ce serait que le mal de mer me prit et me fit vomir mes tripes.
Je crus bien que cela allait arriver lorsqu’au sortir du port il me fallut hisser les voiles. Je souquais ferme la drisse de grand-voile pour la hisser tout en haut du mat. Dieux qu’il fallait tirer fort… Saleté de voile qui ne veut pas monter. Je tire de toutes mes forces, m’essouffle, je tire encore, elle est à mi-mat encore un effort, je perd souffle, je tire, j’ai trop serré le harnais de ma brassière de sécurité, il m’étouffe, je tire, je faiblis, plus que quarante centimètres, je me demande si je vais y arriver, une nausée me vient, ce matin, j’ai juste bu un café au lait, je n’ai plus de forces, je tire… Enfin… La voile est hissée… Je n’ai plus de souffle, j’ai envie de vomir… La tête me tourne… Est-ce le mal de mer ? Je me sens très mal. En tremblant, je desserre le harnais. Ca va mieux. Mais pas encore très bien. Je le desserre encore. Je respire mieux. Je reprends souffle. Les forces me reviennent… La nausée s’éloigne… La prochaine fois, je serrerai moins ce damné harnais…
La mer est assez forte et les creux vus de près sont impressionnants. Ils font un bon mètre… Mais Bleu Pastel sait amadouer la mer. Il monte sur la vague puis redescend avec obstination sauf lorsque les vagues sont trop hautes ou trop serrées. Dans ces moments là, arrivé en haut de la vague, l’étrave se dresse et sort de l’eau puis retombe en tapant. C’est assez impressionnant pour le néophyte. Le bateau avance bien. Comme il n’est pas équipé d’un loch, je pense à l’une de mes applications sur iPhone. iSail justement est un navigateur GPS marin qui calcule la vitesse. Je l’active et le garderai à disposition pendant toute la route. Le bateau avance autour des 5 nœuds, les dépassant souvent. Il faut dire que le vent est bien établi et que l’on n’a même pas entièrement déroulé le génois. Nous passons vite Sainte Marie sur Mer, nous restons tout près de la côte à la vue directe des bouées des trois cent mètres. Nous prenons régulièrement des paquets de mer et je suis trempé. Ce n’est pas désagréable car la température reste clémente, mais c’est la vision qui en souffre le plus : mes lunettes sont dégoutantes d’eau de mer et lorsqu’elles sèchent, elles laissent sur les verres une couche de sel qui rend ma vision pour le moins approximative au point que je préfère les ôter. J’y vois beaucoup mieux même si les lointains sont flous…
Nous passons bientôt au large du Barcarès. Notre ponton est là, de
l’autre côté du lido, à un mille nautique à vol d’oiseau, mais la route directe nous est interdite : deux ponts au tirant d’air insuffisant nous empêchent de passer. Il nous faut rejoindre
le grau de Leucate où le pont routier a un tirant d’air de 14 mètres qui nous laissera largement passer. Nous continuons donc cap au nord, passons devant le Lydia, échoué sur le sable du Barcarès
depuis plus de quarante ans, passons la plage de Leucate et sa promenade de bois qui s’avance sur la mer. Nous arrivons enfin à l’entrée de l’avant-port de Leucate. Nous voici enfin à l’abri de
la houle. Le vent reste fort, mais la mer est quasi plate. Nous remontons le grau toujours dans un pré serré, et après notre entrée dans le lac marin, nous pouvons enfin virer de bord et nous
trouver au portant. La bateau file toujours bon train mais un grincement nous inquiète. Aurions nous touché le fond ? Un coup d’œil au sondeur. C’est ça, nous avons dérivé vers les haut
fonds… A tâtons, l’œil fixé sur le sondeur, nous cherchons une route avec un fond plus raisonnable… C’est bon, 1,5 mètres, 2 mètres, nous réussissons à rester dans cette fourchette. Nous sommes
fatigués, et surtout, le Maître de Voile est pressé d’arriver : il a une leçon à 14h à Saint Cyprien et il est près de 13h. Enfin nous arrivons à l’entrée du petit port du cap Coudalère.
Notre mouillage nous attend… On affale les voiles et nous rentrons au moteur. Un peu de mal à prendre notre place d’autant que je n’ai pas encore eu le temps d’installer la défense contre le
quai… Elle est dans le bateau et il faudra l’installer à l’arrivée. La Maître de Voile décide d’accoster à reculons pour éviter les coups contre le quai. Il ne nous reste plus qu’à bien amarrer
Bleu Pastel et à rentrer… Rentrer ? Pas tout de suite !!! Nos voitures sont à Canet Plage. Mais le vendeur de Bleu Pastel nous a proposé de venir nous chercher dès notre arrivée. Nous le
sonnons donc par téléphone, lui expliquons approximativement où nous sommes et pour gagner du temps nous traversons à pied la presque-île jusqu’à la route rapide de Perpignan. Il fait chaud, je
suis fatigué. Attente. Téléphone. Notre chauffeur n’arrive pas à nous trouver !!! Nouvelles explications, attente… Le voilà !!! Sa voiture est climatisée… C’est merveilleux… Je suis
épuisé…