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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 16:19
C’est le jour du départ. Mon trop court séjour se termine aujourd’hui. Ce soir, je serai rentré au bercail et demain, je serai devant mes élèves.

Le retour s’annonce moins long que l’aller, mais il va falloir se lever tôt : l’avion de Iasi décolle à six heures. Ce qui veut dire qu’il nous faut être à l’aéroport à cinq heures selon nos critères habituels. En fait il aurait suffi d’arriver à cinq heures quarante… L’aéroport de Iasi est un tout petit aéroport ou les formalités sont quasi familiales… Il y a peu de personnel et l’enregistrement autant que l’embarquement se font assez simplement. Nous le saurons pour notre prochaine visite…
La contrepartie de cette rapidité à Iasi, c’est qu’arrivé à Bucarest, nous allons devoir revenir aux guichets pour réserver nos places sur le vol Bucarest paris et sur la correspondance pour Toulouse.

Et puis voilà Blagnac… Le retour. Maintenant, il est temps de faire basculer tout ce que l’on a vécu dans ces quelques jours d’une grande densité dans l’armoire aux souvenirs… Et penser au retour vers Iasi et la Roumanie, si nous arrivons à mettre en place de nouveaux projets avec nos amis de là-bas…
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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 14:05
C’est ce matin que je dois présenter ma communication au colloque. Les organisateurs m’ont fait l’honneur de me choisir pour coordonner l’atelier de ce samedi. Le thème en est « les TIC dans l’enseignement du FLE ». Pour ne pas risquer de difficultés techniques, nous avons amené de Toulouse notre propre vidéo-projecteur. Les cafouillages de nos collègues de jeudi matin m’on conforté dans mon attitude prudente. Aussi, après un copieux petit déjeuner au Gaudeamus, l’hôtel universitaire où nous logeons, me voici parti au Centre Culturel Français avec le vidéo-projecteur à l’épaule, et mon ordinateur sur le dos. Evidemment, j’arrive avec beaucoup d’avance, comme j’en ai l’habitude. Cela me rassure et me permet de m’approprier l’espace. J’installe le vidéo et mon portable. Je prépare les réglages, taille de l’image, recul idéal du vidéo, le son aussi puisque je dois présenter le démontage d’un film.

Ruxandra arrive la première. Elle est aussi inquiète que moi et veut vérifier que sa clef USB est bien lisible sur l’ordinateur de service. Tout est OK. Les étudiants arrivent ensuite, puis les autres orateurs.

Je ne connais pas le contenu des présentations de ce matin. Je vais les découvrir en même temps que les autres participants. Ruxandra me propose de commencer. Je présente un travail longuement expérimenté dans le cadre scolaire et qui a pu arriver à maturité grâce aux outils TIC. Il s’agit d’une méthode de lecture de film. J’ai appris à lire les films il y a bien longtemps à l’université avec Mme Hébreau qui nous apprenait à lire des films à la Cave Poésie de Toulouse. Mais cela demandait une bonne dose d’abstraction, et c’est dans sa tête que l’on visualisait le montage. Ce que je propose, c’est un dé-montage du film en utilisant un outil de montage pour explorer le film plan par plan, image par image. Ainsi, plutôt que d’apprendre des « trucs » que l’on imagine, on peut les voir, les schématiser et mieux comprendre le fonctionnement de l’effet. Cela n’apporte rien de révolutionnaire au niveau de l’analyse scientifique, mais c’est un outil pédagogique d’une grande valeur car il met les phénomènes du montage à la portée de plus de monde. On peut plus facilement faire comprendre à des élèves comment on fabrique un film, c’est à dire des émotions… Et cela, c’est une grande victoire pédagogique…

Ruxandra trouve que je traîne trop. Au bout d’un moment, elle me fait des signes pour me presser. Elle craint que je mange le temps des autres. Alors j’essaie d’eller plus vite. Mais je ne veux pas dénaturer ma communication. Enfin, je réussis à Conclure. Ruxandra prend la parole après moi. Elle maitrise bien mieux que moi le minutage de sa communication qui est d’une grande rigueur.

Je ne parlerai pas du contenu des interventions, ce n’est pas là le lieu et je craindrai trop de les caricaturer. On se reportera pour cela aux actes du Colloque.

(http://www.ceco-fipf.eu/static_article.php3?id_article=736&id_rubrique=17 )
Ana Maria termine la présentation de ce matin. Jeune enseignante roumaine, elle explique les difficultés qu’elle peut rencontrer en pratique et explique les méthodes qu’elle utilise et qui s’appuient sur les TIC.

A la fin de la séance je la retrouve devant la porte du centre culturel français en grand débat avec Ruxandra. Je m’immisce dans la discussion. Nous décidons de la prolonger autour d’une table car il est déjà près de 13 heures et nous sommes affamés. Elles m’amènent dans un restaurant libanais où nous confrontons avec passion nos conceptions de la pédagogie, et comparons les situations de l’école en France et en Roumanie. De mon côté, ce que j’aspire à comprendre, c’est comment fonctionne ce pays où je viens pour la première fois. Il est symbolique dans mon esprit de la diversité européenne. Dernier pays à être rentré dans l’Union alors que la France fait partie des six pays fondateur, la Roumanie, dans mon esprit, est chargée d’idées reçues. Mais n’y a-t-il rien de vrai dans ces idées ? La longue proximité avec l’empire Ottoman, dans le passé, la grande distance qui la sépare de la France et en fait une proche voisine des pays slaves. Et puis la longue période du communisme. Elle m’intéresse aussi cette période puisque la France a connu la tentation communiste. En 1945, un français sur trois vote communiste et met beaucoup d’espoirs dans le communisme soviétique. Dans les années 70, un français sur quatre soutient le parti communiste et, à cette époque là, la Roumanie fait rêver car elle symbolise un communisme sympathique et libéral grâce à la propagande de Ceausescu. On sait ce qu’il faudra en penser lorsque le vérité se fera jour petit à petit jusqu’aux révélations lors de la révolution.

Cet après-midi de samedi, ces choses là sont dans ma tête, mais j’ai du mal à les aborder. Nous parlons de beaucoup de choses sans toucher directement mes questions interdites. Après notre repas, Ana-Maria me fait visiter la ville. Je lui ai dit que je cherchais quelques cadeaux typiques à ramener de mon voyage à mes proches. Nous allons par les rues. Elle s’arrête et me montre un dispensaire. Elle me laisse le temps de le voir. Devant le dispensaire, il y a une pauvre femme épuisée assise sur la murette. Un chien est couché à ses pieds. Elle a une canne mal dégrossie qui doit l’aider dans sa marche. Je prend une photographie à la sauvette. J’ai toujours eu du mal à voler l’image des gens dans les rues. Je prends une deuxième photo. Puis, je dis à Ana-Maria que nous pouvons continuer. Elle m’entraine vers le centre ville. Nous allons lentement pour me laisser le temps de bien voir et de prendre les photos que je veux. Ana-Maria est un guide parfait. Sans rien dire, je comprends qu’elle me fait m’enfoncer dans les tréfonds de sa ville tout en restant dans le centre. Elle ralentit sans que j’ai rien à lui demander chaque fois qu’elle sent que quelque chose attire mon regard. Elle me laisse tout le temps qu’il me faut pour prendre des photos sans que j’ai à dire quoi que se soit, elle anticipe même. Nous allons de rue en rue, La grand rue reste proche, mais nous empruntons les rues parallèles et les rues traversières. La vrai ville. La vrai Roumanie. Avec la pauvreté qui la marque encore comme les stigmates d’une ancienne maladie. A un moment, nous sommes dans la rue principale. Je vois venir vers nous trois femmes rRom. Elles sont exubérantes, rient fort. Je prends quelques photos, elles se dirigent vers moi, mais elles n’ont pas le temps d’approcher, des policiers leur demandent je ne sais quoi. Nous continuons à cheminer, regagnons les rues adjacentes, revenons vers les rues centrales. Ana-Maria cherche un magasin d’artisanat typique, mais nous n’avons pas de chance. Tout est fermé. C’est que l’on est samedi et le week-end semble avoir déjà jeté une certaine torpeur sur les commerces de la ville. Nous nous engageons dans un quartier résidentiel fait de barres d’immeubles de béton. Chez nous, cela ressemblerait aux quartiers populaires des années 60. Il y a quelques boutiques au niveau de la rue, mais elles sont toutes fermées. Finalement, nous passons devant une sorte de kiosque au pied d’un immeuble où je peux acheter quelques bricoles locales, cendrier décoré, pipeau de roseau, œufs peints. Cela fera quelques cadeaux souvenirs à distribuer à mon retour. Ana-Maria me conseille discrètement pour que j’évite de révéler mon mauvais goût. Elle me conseille ce qui est le plus typique.

Puis nous repartons par les rues traversières. Parfois, la discontinuité des façades révèle dans une arrière cour la vie quotidienne du peuple de Iasi. Ana-Maria est un guide précieux qui connaît bien sa ville. Nous marchons ainsi longuement dans la ville. Plusieurs heures. La fin de la journée est proche. Il va falloir se quitter. Ana-Maria repart vers sa maison qui doit se trouver dans un quartier excentré comme celle de Ruxandra, je rejoins mon hôtel au centre ville.
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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 13:10
Hier, nous avons décidé de nous lever tôt. Nous nous retrouvons pour petit-déjeuner à la salle restaurant de la résidence. Le petit déjeuner est copieux et délicieux. Nous voici avec de l’énergie pour la journée… Gabriel et Alain ont plusieurs rendez-vous à honorer, de mon côté, je vais aller participer aux travaux des journées de la francophonie. Ce matin, on travaille tout près de l’hôtel, au centre culturel français. J’arrive parmi les premiers. Je trouve la salle pour le groupe auquel j’ai décidé de participer. Mais les étudiants et les conférenciers du matin ne tardent pas à arriver. Quelques cafouillages au départ avec l’informatique qui prend un malin plaisir à refuser d’obéir aux conférenciers. Je mate l’ordinateur récalcitrant, on commence. La première conférence porte sur « l’élaboration du système graphique du français » par Robert Massart. Je croyais connaître la question, je mesure l’étendue de mon ignorance. C’est passionnant. J’apprends beaucoup de choses que je vais mettre à profit dans ma réflexion personnelle.

Les autres communications sont tout autant intéressantes. L’une des conférencières aborde une question qui me tient à cœur. Il s’agit d’Irina Cosavanu de l’école normale de Iasi. Elle travaille sur les blogs et les utilise comme support pédagogique en particulier pour le jumelage électronique. Je lui glisse quelques mots sur le cyberbahut et lui propose de l’y associer. Tout est si prenant que nous dépassons l’heure prévue et quittons la salle avec une bonne demi-heure de retard. Je sors sur le perron un peu sonné par la fatigue et quasi titubant. Constantin est là qui m’attend. Nous décidons d’aller manger une pizza au petit restaurant à côté. Nous ne pouvons pas traîner car à treize heure tout le colloque se délocalise : la suite aura lieu à Hirlau un village à quelques dizaines de kilomètres de Iasi.

Le déplacement se fera en bus, mais Constantin nous suivra en voiture pour transporter Gabriel et Alain qui ne font pas partie du Colloque et ne sont donc pas prévus dans le transport collectif. Je suis assis dans le bus à côté d’un collègue historien de l’Université de Iasi. C’est une grande chance car il sera un cicérone de qualité et m’expliquera bien des choses tout au long de la route. C’est que j’ai beaucoup de lacunes encore sur l’histoire et la géographie Moldave…

Nous roulons une petite heure à travers un paysage de plaine. On distingue parfois un troupeau à l’horizon, on une charrette tirée par un cheval. On traverse de nombreux petits villages constitués de petites maisons à un seul étage couvertes d’un toit de métal. Beaucoup de ces maisons sont peintes de couleurs vives. Le bus s’arrête dans un dernier village. Nous sommes près d’une maison qui ressemble à une maison de banlieue avec son petit jardin entre elle et la rue. Mais ce qui attire tout de suite mon regard, c’est qu’il y a devant la porte de la maison un attroupement de jeunes gens vêtus de costumes folklorique. Nous nous approchons, car on nous attend visiblement. Deux musiciens sont adossés au mur de la maison. L’un porte un accordéon, l’autre une sorte de clarinette. Cette maison héberge le musée du vin de Hirlau. Nous allons y continuer notre colloque sur la thématique du vin puis nous allons visiter le musée. Mais en attendant, place à la culture traditionnelle. Dans un premier temps, c’est une sono qui diffuse la musique sur laquelle danse le groupe folklorique. Pendant ce temps, on nous distribue du café. Il est servi dans des tasses sans sucre, et ressemble à l’idée que je me fais du café turc, car il y a beaucoup de mouture au fond de la tasse. Les danseurs présentent un spectacle complet. Après la musique enregistrée, les musiciens locaux se mettent à l’œuvre. Et le spectacle repart de plus belle. Il y a fort longtemps que je n’ai pas vu un tel spectacle. Je me souviens lorsque j’étais enfant, il arrivait parfois que de tels groupes folkloriques des pays de l’est viennent ainsi présenter leur spectacle en France dans les villages de ma région. Je me souviens d’en avoir vu à Ax-les-Thermes dans les années 60. Mais depuis, j’avais oublié cela… Après le spectacle, on nous présentera deux des danseurs qui sont d’anciens étudiants de langue française de l’Université Cuza.

Après près d’une heure de spectacle, nous entrons dans le musée dont le couloir central a été organisé pour servir de salle de travail. Nous sommes un peu serrés, le lieu n’est pas destiné à un colloque, mais il y a delà place pour tout le monde. Nous écoutons les communications de l’après-midi. Elles sont toutes consacrées à la rencontre de la littérature et de la culture de la vigne… A la rencontre de deux cultures ;-) Les communications sont fort intéressantes. On les lira dans les Actes du Colloque. Nous visitons ensuite le petit musée où l’on a recueilli les outils traditionnels de la vigne. C’est qu’ici comme ailleurs, les méthodes traditionnelles cèdent le pas sur des méthodes plus sécurisantes et plus productives, comme nous allons le voir à quelques kilomètres de là lorsque nous visiterons les caves de Hirlau. Nous reprenons le bus pour les rejoindre.
Nous commençons par un long périple qui nous fait traverser le ventre de ces caves. D’abord des couloirs quelconques, où l’on perd le sens de l’orientation, pour déboucher soudain dans un gigantesque atelier qui abrite d’énormes cuves en acier inoxydable étincelantes. D’autres couloirs, montées, descentes, et puis nous sommes devant les caves. De gigantesques portes de chêne noir sculptées nous avalent. Un long couloir où s’alignent des portes. Chacune donne sur une longue cave où s’alignent de chaque côté des dizaines de muids. Là le vin murit lentement dans l’ombre de la terre. Nous allons dans ce ventre fécond d’un vin aux odeurs puissantes. Nous roulons dans les boyaux de la terre. Il n’y a personne que nous. Comme si le vin était seul maître des lieux. Couloirs. Nous remontons semble-t-il. Et nous voilà dans un nouveau boyau tracé entre deux hautes murailles de bouteilles poussiéreuses. On ne voit que leur cul qu’elles tournent vers nous, impudiques et nues. Elles s’empilent jusqu’au plafond. Le boyau est si étroit que l’on craint de devoir se mettre de profil. En fait, on passe sans peine. Mais c’est cette impression d’infini qui nous oppresse. On avance. Le couloir est long. Evidemment, on arrive au bout. Là, on nous fait entrer dans une salle gargantuesque. Il y a au milieu une table comme je n’en ai jamais vu d’aussi grande… Elle doit bien mesurer six ou sept mètres de larges et plus de vingt de long. Il y a des lourdes chaises de bois tout autour. Nous sommes nombreux, venus dans un bus et deux voitures. Mais il y a de la place pour tout le monde, soit une bonne soixantaine de personnes. Cela donne une idée de la taille de la table. Une œnologue nous explique les méthodes utilisées pour la vinification cependant que des sommelières alignent devant chacun d’entre nous quatre longs verre à pied. Elles les remplissent ensuite avec les quatre variétés de vin produites à Hirlau. En général, je ne bois pas d’alcool ni de vin. Je n’aime pas trop cela et je n’aime pas non plus la sensation que l’on a de ne plus maîtriser son corps lorsque l’on a bu. Je suis fort sensible à cette gène et la redoute. En outre, je n’ai pas besoin de la boisson pour être capable de dire des sottises. Je suis fort capable d’en dire plus qu’il n’en faut à jeun. Mais allons, nous sommes invités, il serait incivil de refuser de goûter ce vin auquel nos hôtes semblent donner une telle importance. Je me contenterai de le sentir, d’y tremper mes lèvres pour en sentir le goût. Et si mon corps réagit trop à la duplicité du vin, qu’importe, je monterai dans le bus et somnolerai jusqu’à notre retour à Iasi. Je redoute le vin en ce qu’il nous enlève la maîtrise de nous mais aussi en ce que je n’en aime pas particulièrement le goût. Je n’aime pas son âpreté tannique tout simplement ce qui fait que j’ai peu de mérite à n’en pas consommer. Mais baste, honorons nos hôtes… Je sens l’odeur du premier verre que l’on nous a servi. Le parfum est agréable. Je suis incapable de le définir par inculture. Je le sens encore. Je ne veux pas donner l’impression d’un boit sans soif qui boit à larges gorgées et s’enivre. Puis, je me décide enfin. Je prends une gorgée en bouche et la fait lentement tourner autour de ma langue.
Je suis surpris. Le vin est délicieux. Il n’a pas cette âpreté tannique que je n’aime pas dans les vins que l’on propose en général à table. Celui-ci est doux, légèrement sucré. Il me fait penser aux vins que l’on fait en France à partir de récoltes tardives, comme les bordeaux liquoreux, le Cadillac. Notre œnologue confirme mon impression puisque je l’entends parler de vins de glace. Il s’agit donc d’un vin produit comme les Tokays de Hongrie. Avec un raisin dont les sucs se sont lentement concentrés tout au long de l’automne. Il est absolument délicieux. J’avale avec plaisir ma gorgée et je m’en accorde une autre par gourmandise. On nous porte les vins suivants. Chacun est différent même s’ils ont tous cette tonalité douce et veloutée. J’ai un peu honte, moi qui représente ici la France qui se prétend la reine de l’art du vin, voici que je préfère sans conteste ce vin roumain aux vins que j’ai goûté en France. Je dois être un bien piètre juge. Mais c’est incontestable. Je suis complètement séduit par ce breuvage.
Pendant le retour vers Iasi, en bus, je discute avec les deux collègues assises derrière moi de l’image que nous avions dans nos pays respectifs du communisme avant la chute du Mur, les images de le Roumanie avant Timisoara, des illusions révolutionnaires… Nous parlons aussi de ce qu’il est advenu des pays de l’est depuis la chute du Mur.

Nous arrivons à Iasi vers neuf heures. Je suis assez fatigué et je monte directement dans ma chambre pour jeter un coup d’œil sur mes photos avant de les transférer sur mon ordinateur avant d’aller me coucher.

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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 16:28
Je me réveille vers 7 heures. Petit déjeuner au Gaudeamus, départ pour l’Université et l’ouverture du Colloque. Je prends mon équipement photographique car Constantin doit venir me chercher en fin de séance pour aller visiter la ville entre midi et deux. L’université est toute proche. Je rejoins le boulevard et le descend sous le soleil. Il fait très doux. Je découvre la population roumaine. Voici l’université. Magnifique construction, escalier monumental. Je l’escalade et je comprends ce que voulait dire notre correspondante quand elle parlait de salle des pas perdus… Je suis dans une salle gigantesque qui s’allonge sur toute la largeur de la façade de l’université. Quelle longueur ? 100 mètres ? Peut-être plus… La séance a lieu à l’Aula Magna… A droite ? A gauche ? Je suis en avance, il n’y a pas grand monde pour diriger mes pas. Je tente là gauche. Réaction atavique ? Chance, tout au bout, je vois du monde, je demande, c’est là… On m’attendait même avec un badge et un dossier à mon nom. Je m’installe au fond. La salle est belle, un peu impressionnante. Pour le moment elle est à moitié vide. Mais bientôt, les invités et les étudiants arrivent. La salle est rapidement pleine et les étudiants continuent d’affluer. J’ai bien fait d’arriver en avance. On peut maintenant commencer…
Les interventions sont passionnantes. Pour leur contenu, plutôt que d’en donner un compte-rendu appauvri, je préfère dire au lecteur de se référer aux actes du colloque. Vers midi, fin de la séance inaugurale. On nous convie à un cocktail. Je sors. Je ne connais personne dans cette foule. Constantin devrait arriver bientôt. En l’attendant, je me rabat sur le buffet. Quelques cacahouètes, de petits pains au fromage. Du champagne, mais je n’en bois pas, je n’aime pas ça. Tiens, dans le lointain de cette immense salle des pas perdus… N’est ce pas Constantin ? C’est lui… Il me rejoint… Il me présente à Doïna Spita qui organise le colloque, nous échangeons quelques propos. Constantin me propose de profiter de l’heure du déjeuner pour visiter la ville. J’acquiesce avec enthousiasme. Nous retournons donc vers là sortie, mais Constantin a une idée : il me propose de visiter un lieu très exceptionnel de l’université, la salle du Sénat.
Il demande au concierge si la salle est ouverte, nous nous y glissons. Quel choc. C’est magnifique. Je retrouve la beauté majestueuse de grandes salles d’apparat que j’ai vu à Coïmbra ou au parlement d’Ottawa. On se sent là comme obligé de respecter le silence dû à l’exposition de la sagesse des lieux. Je prends quelques photos, mais j’ai du mal à faire du bon travail. Le lieu est encore trop fort pour moi. Il me faudrait revenir après que mon esprit ait réussi à aller au-delà de l’émotion brute.

Dehors, nous récupérons Ruxandra qui vient de son bureau et nous voici partis pour visiter la ville. Nous sommes dans le quartier vert. Beaucoup d’arbres partout. Ils ont encore leur tenue hivernale décharnée. Mais c’est tant mieux car on voit mieux ainsi l’organisation urbaine. Le boulevard est très large, la circulation raisonnable. Nous nous éloignons du centre. Constantin nous amène d’abord à son ancienne Ecole Normale où il a formé des générations d’enseignants. En remontant le boulevard, je remarque une petite église byzantine qui me semble magnifique. Constantin me dit qu’on s’y arrêtera au retour. On sort presque de la ville. En passant, Constantin me montre le quartier militaire aux constructions peintes de couleurs très vives. On dirait un jeu de construction. On continue.
L’école normale est édifiée dans un grand parc au bout d’une allée plantée de chênes centenaires. Constantin m’en montre même un de vénérable qui a plus de 500 ans. Je me sens bien jeune auprès de lui. A côté de l’école, il y a une ferme. Constantin m’explique qu’autrefois on apprenait à l’école normale la culture des campagnes. Cela me rappelle ce que j’apprenais moi-même dans ma petite école de village. Mon père nous y apprenait la technologie nécessaire aux paysans de cette époque là. J’y ai appris la différence entre une araire et une brabant, les différentes méthodes pour greffer un arbre, et au fond du préau, il y avait le poulailler de l’instituteur. Cela permettait à ma mère d’agrémenter nos menus… Mais revenons à la Roumanie. J’ai remarqué à l’entrée du parc un petit édifice fort beau. C’était la chapelle de l’école normale à l’époque où on l’a construite. C’est un peu exotique pour un enseignant français marqué par la laïcité que nous associons chez nous à l’école. Je fais quelques photos de la chapelle. La cloche qui sert à appeler les fidèles est accrochée à un portique sur le côté droit de la bâtisse. Encore une différence avec nos édifices religieux.
Nous revenons vers la ville. Constantin pousse jusqu’à l’Université car les cours vont commencer pour Ruxandra. Il m’amène ensuite à la petite église que j’avais remarquée plus tôt. Elle est chère au cœur de Constantin et Ruxandra car c’est là qu’ils se sont mariés. Constantin espérait que le pope était encore là car il le connaît bien. Mais il est rentré chez lui. Nous profitons de ce que l’église est encore ouverte pour la visiter. C’est la première fois que j’entre dans une église orthodoxe. Ce qui me frappe le plus, ce sont les peintures qui couvrent chaque centimètre carré des murs. Il y en a même à l’extérieur.  Voilà qui me change de nos églises aux murs de pierre nue.
Nous n’avons pas encore mangé, mais l’excitation de la découverte est plus forte que la faim. Constantin lui aussi est prêt à sacrifier son repas pour disposer de plus de temps pour me faire découvrir sa ville. Nous la sillonnons pour passer devant tous les monuments qui méritent l’attention du touriste. Nous faisons une pose plus longue au monastère Golia. L’intérieur est en travaux. Il est donc complètement occupé par des échafaudages qui cachent une bonne partie des murs, et la perspective du monument. Une partie est déjà restaurée, mais beaucoup de peinture sont encore assombries par le siècles de cierges que l’on y a fait brûler. On s’imagine la beauté de l’ensemble quand la restauration sera terminée. Les échafaudages m’ont étonné. Ils ne sont pas en tubes d’acier comme on a coutume de les faire chez nous, mais en bois. C’est une véritable charpente intérieure qui soutient l’intérieur du bâtiment. Cela ne manque pas de charme et c’est certainement plus beau que les tubes d’acier rouillés dont on imagine le grincement. Ces échafaudages là semblent plus en accord avec la sainteté du lieu. En ressortant, nous croisons un pope vêtu selon la tradition d’une soutane noire et d’une coiffure noire.

Devant le monastère, il passe de nombreux tramways. Ils sont un peu disparates. C’est, me dit Constantin, que la ville de Iasi les achète d’occasion aux villes d’Europe qui en ont encore, en particulier en Suisse et en Allemagne. Les rues sont en mauvais état. C’est le gel qui fait éclater le bitume et creuse des nids de poules parfois très conséquents. On croise pas mal de voitures. Il y a beaucoup de Dacia, évidemment, quelques Logan, le nouveau modèle fabriqué par Renault, mais surtout des vénérables R12 qui ont pratiquement disparues en France. Mais on voit aussi un nombre non négligeable de belles voitures. Très belles même. Berlines de luxe allemandes, elles sont le signe de la naissance d’une nouvelle bourgeoisie entreprenante et dynamique après la pesanteur de cinquante ans de socialisme. C’est alors que Constantin me propose soudain de m’amener sur un pont d’où on a une excellente vue de la ville. Comme je suis prêt à recevoir toutes les perspectives que l’on pourrait m’offrir sur Iasi, j’accepte évidemment. Et nous voilà repartis dans la circulation. Mais cette fois, Constantin conduit son véhicule avec une sorte d’énergie jubilatoire. Je découvre la conduite roumaine. Virile, puissante, énergique, macho, on passe en force, on invective le conducteur maladroit, on force le passage, on s’impose aux priorités. Une conduite très méditerranéenne… J’avais vu cela dans le sud de l’Italie. Me voici donc enfin réellement au cœur de la Roumanie… Que vais-je voir ? Constantin s’engage sur une rampe. Elle passe au-dessus de voies de chemin de fer et d’une route. Coup de frein. Constantin s’arrête. Il me dit que normalement, on ne s’arrête pas là, mais que comme il n’y a pas trop de circulation, on peut le faire… Il m’invite à descendre pour prendre des photos. Ici, ce n’est plus le Iasi touristique. Sous le pont, c’est quelque chose qui ressemble à une zone industrielle. Un train passe lentement sur la voie en dessous. Sur la route, des camions se succèdent. Les constructions basses sont vieilles et grises de suies. Au loin, on distingue les tours du monastère d’où l’on vient. Mais c’est tout ce que l’on reconnaît de la ville que l’on visite. Je comprends que Constantin vient de m’offrir le vrai Iasi. Le sien. Celui de sa jeunesse, de son enfance peut-être. Je prends des photos. C’est difficile de prendre ainsi des clichés à toute vitesse dans un lieu qui ressemble si peu à ce que l’on photographie en général quand on est en voyage. Il ne faut pas trop tarder. La voiture et au milieu du pont et gène la circulation. Les véhicules qui déboulent en pleine vitesse l’évitent d’un crochet brusque. C’est dangereux. Je me dépêche. Je reprends ma place. Alors, dans un dernier geste grandiose Constantin fait demi tour sur le pont.
Et nous voilà partis dans la visite de l’autre Iasi. Maintenant, Constantin s’est coulé dans sa conduite intrépide. Nous naviguons dans les rues où l’on vit et travaille. Constantin m’a proposé comme objectif le monastère de Cetatuia érigé sur une colline qui domine Iasi. C’est tout près, m’a-t-il rassuré. Il profite cependant de ce que nous sommes encore en début d’après-midi pour prendre le chemin de écoliers et me faire circuler dans le Iasi des vrais roumains. Nous traversons de grands quartiers d’immeubles d’habitations. Il s’agit de constructions de la période Ceausescu. Esthétiquement et vu de l’extérieur, ce n’est pas laid. Plutôt agréable même. Nous remontons une longue avenue vers l’extérieur de la ville.
A l’extrémité de l’avenue, lorsque on arrive à la jonction des faubourgs et de la campagne, je demande à Constantin de s’arréter un instant pour prendre quelques clichés. Je viens à ce moment là de comprendre que je n’allais pas faire les photos que j’avais prévu, mais quelque chose d’autre de plus fort. J’étais venu avec l’idée confuse de faire des photos touristiques de la compilation des monuments que la ville avait édifié au fil des siècles, maintenant, je sais que je vais faire un reportage pour témoigner de ce que j’aurai vu en 2008. Peut-être parce que je commence alors à ressentir confusément que je me trouve en à un carrefour où rien ne sera plus comme avant et où rien n’est encore là pour longtemps. Il y a en ce moment à Iasi les derniers vestiges d’un monde qui va disparaître, et les germes aussi d’un monde que l’on ne peut encore entrevoir. Nous avons remonté cette longue avenue et nous sommes en haut d’une colline qui domine cette partie de la ville. A ma droite, deux énormes tuyaux jumeaux courent le long de la route. Leur corps en rouillé et bosselé. On voit qu’ils sont à bout de souffle, à bout de vie. Ils suivent la route parallèlement, suspendus à un ou deux mètres de hauteur. A une centaine de mètres de l’endroit où je suis, ils s’élèvent à ange droit de trois ou quatre mètres sur une dizaine de mètres, dessinant une sorte de grand portique qui s’ouvre sur on se demande quoi. Ils semblent très vieux, très anciens. Ils font penser aux énormes tubulures de quelque usine colossale du siècle passé. Lorsque nous repartirons vers l’extérieur de la ville, ces deux tuyaux continueront à longer imperturbablement la route. Plus tard, lorsque nous circulerons dans la ville, ils seront toujours là. Je ne sais plus s’ils étaient là tout à l’heure. Je ne les avais pas remarqué en tout cas. Mais je crois qu’ils ne sont pas dans la partie centrale de la ville. Ils évoquent cette région de la France que je ne connais pas de visu mais que j’ai imaginé à travers la littérature, l’histoire, la géographie, ils évoquent notre Nord industriel où la puissance économique française s’est construite au 19 et 20ème siècle avant de sombrer dans la fin de l’ère de l’acier. Constantin m’explique qu’ils servent à transporter de la vapeur d’eau sous pression pour distribuer le chauffage l’hiver. La chaleur est fournie par une centrale qui chauffe ainsi toute la ville. Hélas, elle n’est pas très fiable et tombe souvent en panne ce qui fait que de plus en plus d’habitants font installer chez eux une chaudière individuelle.
A gauche, ce qui semble un début de chantier avec des constructions industrielles en arrière plan. Sur ce terrain vague, quelques attelages, un chariot à quatre roues avec un ou deux chevaux pour le tirer. Des hommes qui travaillent à la pioche et qui chargent les charrettes. C’est semble-t-il, ce qui tient lieu ici d’engins de chantier. Nous repartons.
Sur les côtés de la route, il y a beaucoup de petites maisons, d’ateliers, d’entrepôts, construits dans un grand désordre, et qui tiennent souvent plus du baraquement que du quartier résidentiel. La densité des constructions diminue. La ville s’éloigne. Puis, Constantin s’engage dans une voie à droite.

C’est une route sans macadam. Il y a de grandes flaques d’eau.  En fait, elle mène à un village. Mais ce village est curieux, car il n’est pas fait de petites maisons paysannes comme je pouvais me les imaginer. C’est juste une rue avec des immeubles de quatre ou cinq étages alignés sur quelques centaines de mètres. On voit bien que c’est un village car, s’il ya des voitures stationnées dans la rue, on ne voit circuler que des carrioles tirées par des chevaux. Sur la colline en face, on distingue d’autres constructions. De grandes maisons fortements colorées, aux toitures brillantes au soleil. Certaines sont en acier chromé et étincellent, les autres, en métal aussi ont des reflets éblouissants selon l’orientation. Constantin m’explique qu’il s’agit d’un village Rrom. Il me propose de m’amener aux portes de ce village mais montre une certaine crainte. Il me dit que nous pouvons éventuellement le traverser, mais qu’il faut se garder de s’y arrêter. Comme j’ai décidé de faire une confiance aveugle en Constantin depuis qu’il a décidé de me montrer les secrets de son pays, je me plie à tous ses conseils. Pour rejoindre le village sur la colline, nous traversons le village aux petits immeubles. La route n’est évidemment pas goudronnée. Il s’agit d’un chemin de terre large et entretenu certes, mais un simple chemin tout de même. Nous commençons par descendre au creux de la vallée. Nous traversons une zone qui fut autrefois industrielle. Elle était à l’extrémité du combinat que le pouvoir communiste avait imaginé d’édifier à Iasi au temps de sa splendeur. On avait décidé d’y créer un bassin industriel de 40000 ouvriers. Mais il ne suffisait pas de créer les emplois… Il fallait aussi des moyens de communication et des logements pour tout ce monde. C’est là que le projet a eu des difficultés. Aujourd’hui le combinat ressemble surtout à une friche industrielle. Nous arrivons devant une briqueterie qui semble abandonnée. Nous la longeons un moment avant de la traverser pour remonter sur l’autre versant et atteindre le village Rrom. Je prends quelques clichés sans descendre de la voiture pendant que Constantin fait demi-tour.
Il a encore bien des choses à me montrer, et surtout ce monastère que nous avons vu depuis la ville. Nous revenons vers le centre pour prendre la route qui monte au monastère de Cetăţuia. La route passe entre de grands champs à la terre noire et grasse. Comme on est au début du printemps, elle est encore à nu. Des hommes y travaillent. Je remarque en particulier un groupe dans une vigne. J’ai appris que l’on cultive la vigne en Roumanie et que l’on y produit des vins de qualités. On a d’ailleurs prévu pour demain la visite d’une terre viticole près de Iasi. Nous grimpons jusqu’au faîte de la colline et nous arrêtons devant les murailles du monastère. Nous en faisons d’abord le tour pour voir la ville de haut, puis nous rentrons dans la cour du monastère. C’est magnifique. Un bijou architectural. Nous entrons dans l’église qui est au centre. Une nouvelle fois je suis frappé par la beauté de ces églises orthodoxes aux murs intégralement peints. Nous rentrons en silence et lentement pour ne pas troubler la quiétude des lieux. Bien nous en prend car nous apercevons une femme jetée au sol dans une profonde prière. Elle est immobile, informe, comme morte. Je n’avais jamais vu une prière aussi profonde et désespérée. Une partie de moi regrette de ne pas pouvoir en arracher un témoignage visuel, mais en même temps je sais comme il serait inimaginable d’oser faire une photographie de ce monologue silencieux d’une femme qui n’est plus tout à fait dans notre monde. Nous ne restons pas longtemps dans l’église pour ne pas troubler cette femme. Encore que l’on puisse douter qu’elle ait pu faire attention à nous tant elle était repliée en elle-même.
L’après-midi tirait sur sa fin et Constantin devait maintenant régler quelques problèmes domestiques. Il devait en particulier aller chercher la petite chatte de la maison chez le vétérinaire où il l’avait amenée la veille in extrémis alors qu’elle essayait de donner naissance à une portée de chatons. Il avait fallu lui faire une césarienne pour lui sauver la vie. Nous allâmes la récupérer avec les bébés chats. Le pauvre animal était bien pitoyable et en outre elle n’avait pas de lait. Nous ramenâmes ce pauvre monde au domicile de Constantin. Ruxandra nous y rejoignit un peu plus tard. L’état de la chatte l’inquiétait beaucoup car elle y était fort attachée.
Constantin et Ruxandra vivent dans un quartier d’immeubles qui datent de l’époque Ceaucescu. Il y a peu à en dire sinon que cela ressemble fort à nos cités HLM. Pour disposer d’un meilleur confort, Constantin et Ruxandra ont fait installer une chaudière individuelle qui leur permet d’être chauffé tous les jours l’hiver en ne dépendant pas des vicissitudes du chauffage collectif que j’avais vu courir tout au long des rues de la ville.
Le soir, Constantin et Ruxandra m’ont amené manger dans un restaurant de leurs amis où ils m’ont fait découvrir la cuisine roumaine. Je ne suis pas un expert en cuisine ce qui m’empêche de rendre compte précisément de ce que j’ai mangé. Tout ce que j’en puis dire, c’est que c’était fort savoureux et semblait complètement nouveau à mon palais…

Mais il restait quelque chose d’important à faire : aller récupérer à l’aéroport Gabriel et Alain qui arrivaient de Bucarest où ils avaient rencontré des partenaires potentiels à l’ambassade de France. Constantin encore une fois s’est mis à notre service. Je l‘ai accompagné à l’aéroport où nous avons récupéré mes collègues. Constantin a ainsi fait leur connaissance et ils ont pu préparer les réunions projetées pour le lendemain et le surlendemain. La journée avait été longue et fatigante, j’avais découvert bien des choses aussi je n’en demandais pas plus et après avoir amené Gabriel et Alain à l’hôtel, je rentrais pour me reposer.
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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 13:44
Le voyage s’annonce long. Je pars en avion, mais la route ne sera pas directe ! Trois étapes. Départ de Toulouse au petit matin. L’avion décolle à 7 heures. Arrivé à Paris Charles de Gaulle, on traverse tout l’aéroport pour… attendre… Jusqu’à midi… Où l’on embarque pour rejoindre Bucarest. 3 heures de vol, mais en arrivant, j’apprend que le décalage horaire m’en a fait gagner une. Qu’importe, je la perdrai au retour. A l’atterrissage, le temps est clair et ensoleillé, ce qui me permet de voir l’environnement. Curieux. D’abord, je vois des sortes de lourds charriots à demi enterrés. Ne serait-ce pas… Et puis des alignements d’hélicoptères de combat. Alors, je comprends que ce que je n’osais identifier, c’était des chars… Des souvenirs. La guerre froide ne serait pas terminée ? Après les hélicoptères, des alignements d’avions de transport militaire que j’identifie à leur couleur vert treillis. Atterrirait-on sur un aérodrome militaire ? Notre appareil se pose, et roule sur le tarmac jusqu’aux bâtiments de l’aéroport international de Bucarest.
C’est en regardant le journal télévisé que je comprendrai cette forte présence militaire : le 3 avril, le sommet de l’OTAN aura lieu à Bucarest. Le gouvernement roumain est donc en sécurité maximale… Il ne s’agissait pas d’un remake de l’affrontement Est-Ouest… Comme quoi, les images du passé reviennent facilement…
Me voici donc à l’aéroport de Bucarest. Et il me reste beaucoup de temps à tuer, car l’avion pour Iasi ne décolle qu’à 21 heures…  Je lis un roman de Philippe Roth. A la nuit  tombée, la salle d’attente s’anime, on rejoint l’appareil directement sur la piste. C’est un ATR 42 avec ses grandes hélices aux pales en forme de boomerang. On sent qu’on est sur une ligne intérieure pas très fréquentée. Une heure de vol et nous voici sur l’aéroport international de Iasi. C’est tout petit. On se retrouve dans une pièce pas très grande pour attendre les bagages. Ici, pas de tapis roulant… C’est aéroport tient plus de la gare routière que du grand hub international.
C’est à ce moment là que je vois à travers l’embrasure de la porte Constantin qui est dans le hall. Il me fait de grands gestes. Je viens le saluer. Ruxandra est là aussi. Pour elle, ce sera un gros poutou toulousain. Me voici rassuré de les savoir là. Tout d’un coup, je me sens dans un monde moins inconnu. Je suis rassuré. Je sais que mes amis s’occupent de moi.
Ils sont venus avec leur voiture et vont m’amener à l’hôtel universitaire Gaudeamus. Mais avant, ils me font faire la visite nocturne de la ville. C’est là que j’atteins le fond de mon ignorance.  Iasi est une grande ville. La nuit, les monuments sont mis en valeur par l’éclairage. Je repère en particulier plusieurs églises qu’il me faudra visiter à la lumière du jour. Constantin m’explique que Iasi est un vrai carrefour culturel. Carrefour de l’est et de l’ouest, carrefour des religions, on y trouve des témoignages de Byzance, de l’empire ottoman, de la Russie et d’autre peuples et nations encore. Il me montre même que l’on y construit encore des églises. Il me montre les efforts de l’église catholique pour se développer, les églises byzantines, il me montre même une église de « vieux croyants » russes…
Il est tard, je suis fourbu, Constantin me propose d’aller manger, mais je suis trop fatigué, je préfère aller me coucher. Il est  11h, Constantin et Ruxandra m’accompagnent jusqu’à la loge du veilleur du Gaudeamus, ils me servent de truchement car ce soir le concierge ne parle pas français. Ruxandra m’a averti : on parle de moins en moins le français en Roumanie. Maintenant, les parents ne jurent que par l’anglais qu’ils s’imaginent être un passeport pour l’émigration et la fortune. Je rejoins ma chambre. Elle est assez spacieuse, très bien, mais qu’il y fait chaud… Je cherche où régler la température. Je ne trouve pas. Tant pis, j’ouvrirai en grand la fenêtre de la salle de bain pour ne pas suffoquer. Demain, les journées de la francophonie commencent à 9h. Je décide de me lever vers sept heures.

Rideau.
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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 13:39
Je dois bien reconnaître que j’étais un peu inquiet à l’idée de partir pour Iasi. Les idées reçues évidemment, même si en fait n’importe quelle destination m’aurait aussi donné un sentiment d’anxiété : je ne suis pas un baroudeur et sortir de mes sentiers battus me trouble. Mais le sort avait tranché, mes amis Constantin et Ruxandra m’avaient invités pour ce début de printemps, le rendez-vous était pris, on m’attendait en cette lointaine plaine Dace aux portes de l’Ukraine pour participer aux 12èmes journées de la francophonie…
Mes connaissances sur la Roumanie étaient assez succinctes lorsque l’occasion me fut donnée de me lancer dans ce projet. Quelques vagues souvenirs de localisation géographique, le souvenir du bloc de l’est, des satellites de la défunte URSS, cette illusions que nous avions dans les années 70 que la Roumanie était le plus ouvert des pays de l’est, puis les révélations sur la réalité de Ceausescu, l’ « Aigle des Balkans » comme il se faisait appeler, le Conducator dont la folie démesurée nous était soudain apparue crûment avec l’affaire du charnier de Timisoara. Depuis, l’actualité Roumaine était restée dans mon esprit une affaire reléguée au second plan. J’étais resté sur mon quant-à-soi lorsqu’on nous avait annoncé l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne car j’avais l’impression que la Roumanie accusait du retard relativement aux autres pays de l’Europe. Mais ce pays restait pour moi essentiellement lointain.
Lorsque je rencontrai Ruxandra et Constantin, je pris un nouvel intérêt à la Roumanie pour constater qu’elle était encore plus lointaine que je ne l’imaginais…  Hormis Bucarest, je ne connaissais pas même une ville de ce pays et lorsqu’ils me dirent qu’ils venaient de Iasi, je me demandais bien où elle pouvait se situer. Je dus la chercher dans un atlas et vis qu’elle était au cœur de la Moldavie Roumaine et à quelques kilomètres de la Moldavie, pays indépendant et miette de l’ex-URSS. Je ne portai pas plus avant mes recherches, pensant que le voyage me faciliterait la compréhension de ce pays.

Il ne me restait plus qu’à tenir un scrupuleux journal.
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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 13:04
On n'en est pas encore là, mais tout de même, le départ pour Iasi approche. Dans deux semaines, je serai aux confins de l'empire, sur son extrême "limes"... Il faudra que je fasse attention de ne pas y arriver trop vite, sinon, je basculerai dans cette Moldavie dont j'ai longtemps cru qu'elle n'existait que dans les albums de Tintin. Peut-être que lorsque je serai à Iasi, je grimperai sur la plus haute colline de la ville pour voir cet horizon moldave porteur d'inquiétudes irraisonnées.
Mais trève d'idées reçues... On verra bien là-bas celles qu'il faudra ressortir et celles qu'il faudra construire pour rendre compte...

Pour le voyage, j'ai préparé mon intervention aux journées de la Francophonie où l'on m'a invité. Je vais présenter mon travail sur le dè-montage, une pratique expérimenté en classe à plusieurs reprises mais  qui garde tout son attrait. Mes billets d'avion sont là. Le voyage promet d'être long et ponctué de multiples étapes. La journée sera longue puisque parti de Toulouse tôt le matin je n'arriverai à Iasi que dans la nuit, à 22h30. Ce sera bien pire pour le retour puisque l'avion décolle de Iasi à 6h précises. Cela veut dire lever à 3h pour arriver à l'aéroport vers 5H (tenir compte des taxis qui risquent d'être rares à cette heure là;-). Il ne me reste plus qu'à boucler mes bagages...
Gabriel partira avec moi, mais il fera une pause à Bucarest et ne rejoindra Iasi que le lendemain.
Je vais retrouver à Iasi mes amis et collègues Ruxandra et Constantin  que j'ai connu au Colloque du RIFEFF à la Guadeloupe. Je suis impatient de découvrir les beautés de leur région qu'ils me feront visiter... Je conterai cela ici...
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Publié par Patrick L. - dans Iasi-2008
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