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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 19:27

BP-sortie-1-DSC04301Il y a des jours où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. C’est une formule que j’apprécie particulièrement et qui résume souvent ma vision du monde. Mais il faut bien dire qu’aujourd’hui, le meilleur des mondes possibles n’était pas en grande forme. Il était même plutôt piteux comme vous allez pouvoir en juger.

 

En ce dernier dimanche d’Août, mon cousin Thierry s’était proposé comme matelot. Ce n’était pas de refus, car si l’on parle toujours des marins en solitaire, j’en suis encore au point où, même sur un tout petit bateau comme Bleu Pastel, un équipage de deux est bien juste et trois à la manœuvre, ce n’est pas de trop. Thierry était donc le bienvenu. Nous allions en profiter pour offrir un baptême de l’eau à Véronique, son épouse.

 

Le temps était idéal. Température douce, juste ce qu’il faut de zéphyr avec quelques risées pour donner de l’élan au bateau. Nous préparons rapidement Bleu Pastel, je remets un peu de téflon dans le rail de mat pour faciliter le passage de la grand’voile. Lors des dernières sorties, on avait bien du mal à la hisser, mais trop petit pour le mat, je ne réussis à lubrifier que le quart inférieur de la gorge du mat. Avec un peu de chance, les coulisseaux en montant se lubrifieront et on hissera la voile sans problème. Thierry en allant défaire les amarres à l’avant me demande : « Tiens, il y a une vis. C’est normal ? Qu’est ce que c’est ? » « Je ne sais pas, on verra bien… » et porté par mon côté économe, j’empoche la vis.

 

BP-sortie-2-DSC04303Sortie de port convenable. Je commence à m’y faire. On s’avance pour avoir de l’espace devant nous. Je vise bien entre les balises du chenal et je le laisse derrière moi. Thierry m’avise d’une bouée à tribord, je l’avais vue, et je l’évite avec une bonne marge. Notre position me semble suffisamment éloignée de tout obstacle pour prendre le temps de hisser les voiles. Face au vent (Il me semble, car j’ai du mal à évaluer sa direction. J’aurai dû faire installer une girouette !!!). Moteur au point mort, Nadine à la barre pour tenir le cap au vent. Je lâche le taquet de grand-voile, je tire… Ouahou !!! Quelle facilité… Le téflon a fait des merveilles, je tire à nouveau et lève la tête pour regarder avec fierté le fruit de mes efforts… Et, que vois-je ? Rien. La grand-voile n’a pas monté d’un pouce sur le mat. Par contre, je remarque une drisse qui pend au vent à la mi- mât… Elle était décrochée… Thierry voit à son tour le désastre, et nous comprenons vite que la vis qu’il a trouvée tout à l’heure appartenait à la manille de la drisse.

 

Le problème est que la drisse ne veut pas redescendre. Et elle est trop haute pour que nous l’atteignions. Je juge plus prudent de retourner au port au moteur. Thierry essaye tout de même de se saisir de la drisse vagabonde. Je prends le cap du port, et soudain, Thierry crie : « La bouée !!! ». Je passe au point mort. Effectivement, une bouée est contre la coque. Certainement une bouée de corps mort. Mais que fait donc ce corps mort en plein milieu du lac. Et pourquoi faut-il que Bleu Pastel soit toujours attiré par tout ce qui dépasse de l’eau… J’essaie d’éloigner la bouée, impossible. Thierry vient à mon aide, mais rien à faire. Nous apercevons sous l’eau l’orin de la bouée. Il est tendu et passe au niveau du safran. Thierry craint qu’il ne se soit pris dans l’hélice. Je le rassure : elle est au point mort, et pour le rassurer, j’arrête le moteur et le lève. Pas d’orin. Mais nous voyons mieux maintenant. Il est entre le safran et la coque… Comme il est en tension, il est impossible de le faire descendre à la verticale pour le dégager. Nous nous escrimons et finalement, faute de faire passer l’orin, c’est la bouée que nous réussissons à faire passer sous le safran. Nous voici libérés… Thierry revient au pied du mat. Il est vexé de voir cette drisse qui le nargue. Je lui dit d’attendre d’être au port au calme pour essayer de la récupérer. On essaiera, lui dis-je, avec la gaffe. Il demande qu’on la lui fasse passer tout de suite. Pour me rassurer, Véronique me dit qu’il nage bien. Nous sommes tout de même à bonne distance du port… Mais il ne veut rien entendre.

 

bp-amarrage-1-DSC04292De mon côté, je relance le moteur et retourne vers le port quand soudain Thierry crie victoire. Il a récupéré la drisse ! Moteur au point mort, on remet la manille au point de drisse et tentative pour hisser la voile. Parfait pour les premiers mètres, jusqu’au point supérieur nettoyé avant le départ, mais dès que l’on dépasse ce point, la drisse devient très dure. J’essaie d’aider la voile, mais c’est trop grippé… J’abandonne. Nous attendrons que mon accastilleur ait réparé cela. Il doit s’en occuper en septembre… Je suis dégoutté… On rentre au port, au moins, ce sera l’occasion d’un nouvel entrainement à l’amarrage. Retour à petite vitesse, Thierry se met en figure de proue pour guider le bateau au catway. Arrivée parfaite… Je commence à maîtriser la chose… Amarrage, vérification du bateau. Je resserre la manille de grand-voile, je la range dans le lazy-bag. Sortie terminée… Mais sortie au moteur uniquement !!! Pas de voile aujourd’hui… Je suis vraiment un marin d’occasion…

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Publié par Patrick L. - dans Mer
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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 23:16

pat-cap-coud-aout-11Jour idéal pour faire naviguer un apprenti capitaine qui a encore bien du mal à maîtriser son fringant navire. Beau temps ensoleillé, température douce sans être trop chaude, tendre zéphyr qui n’essaie pas d’arracher tout ce qu’il trouve sur son chemin. Force 2 à 3 selon la météo… Voilà qui est bien pour moi. En outre, je dispose aujourd’hui de quantité de matelots et mousses. Outre Nadine, le second de Bleu Pastel, un vieux loup de mer, Eric, ancien des glénans, ma petite sœur, qui vient pour ne pas rester seule sur le bord du quai, et nos deux mousses, Cécile et Sanya.

 

Je commence à m’habituer à Bleu Pastel. Je trouve mes marques et nous ne perdons pas trop de temps à le préparer à notre aventure marine. Le moteur démarre au quart de tour, je le manie de mieux en mieux. Eric largue les amarres et les met sur le ponton au mieux pour notre retour. Marche arrière lente, avant, sortie de port, tout baigne. Nous nous éloignons de quelques encablures, cap au vent, je hisse la voile cependant qu’Eric surveille la barre. Je déroule le génois, et c’est parti. Vent de sud, au portant, vers le nord. Nous n’avançons pas trop vite, le vent est faible, mais nous ne sommes pas pressés. Nous avons l’après-midi devant nous ! Nous passons les Dosses, le lac marin est bien fréquenté aujourd’hui, d’autres navigateurs ont fait le même choix que nous. Nous filons plein nord. Le bateau avance quasiment seul aussi, nos mousses s’ennuient. Sanya aimerait bien jouer les figures de proue. Elle a vu cela dans les magazines. Nous la couvrons de recommandations car nous ne voudrions pas la perdre en route. Je lui donne des conseils de marins : avoir toujours une main pour s’assurer.

 

cap-coud-aout-11-2Et voilà Sanya allongée au soleil sur le pont avant de Bleu Pastel. Mais le pauvre bateau est bien petit pour une telle figure de proue et Sanya est à l’étroit là devant. En outre, elle croyait bronzer au soleil, mais les voiles lui font de l’ombre aussi elle ne reste pas longtemps en ce lieu inconfortable. Ce serait peut-être mieux au mouillage, voiles carguées, Mais pour le moment, nous naviguons. Pas très vite il est vrai, même si nous sommes au portant… Car le vent reste pour le moins modéré. Mais malgré cela, nous taillons notre route. Petit à petit, nous approchons du grand pont routier au niveau du grau du pont de Leucate. Voilà un amer bien visible,  on le voit de loin et l’on s’y croit presque alors qu’il est encore à bonne distance.

 

Il n’est pas facile de se repérer depuis le navire. On connaît bien le paysage depuis la terre, on a une image des côtes, des îles, des plages, mais lorsqu’on est de l’autre côté du rivage, sur l’étendue liquide, on ne reconnaît plus rien, et tout d’abord parce que la côte semble, de la mer, étonnement plate.  C’est cette capacité à retourner l’espace pour me repérer qu’il va me falloir développer. Le lecteur va certainement se gausser m’imaginant perdu sur le lac de Leucate autour duquel j’ai tourné mainte fois en voiture, dont j’ai arpenté les rives au cours de maintes promenades, mais j’ai besoin de reprendre régulièrement mon GPS pour savoir où je suis en réalité et opérer ce retournement de l’espace pour retrouver mon espace connu.

 

J’ai installé sur mon iPad une application GPS qui m’est fort utile, même si je me contente pour le moment de quelques ronds dans l’eau. Il s’agit de l’application « Navionics » qui me présente une carte familière où je me retrouve facilement. Comme le lecteur le verra plus loin, elle me sera fort utile au retour. Mais nous n’en sommes pas encore là… Nous cinglons toujours plein nord et nous trouvons bientôt à la hauteur de l’île aux oiseaux. Pour cette fois, j’évite de trop m’en approcher de crainte des hauts fonds. Tout le monde m’a mis en garde contre la faible profondeur du lac. Aussi, je garde un œil sur le sondeur. Pour le moment tout va bien, et la sonde reste entre 3 et 4 mètres. Nous avons de la marge. Mais il faut rester prudent. A un moment, je vois la profondeur diminuer , approcher les deux mètres passer au-dessous. La marge nreste bonne mais il vaut mieux revenir vers des fonds plus importants.

 

C’est que j’aimerais ne pas rester trop loin des rives pour faciliter la nouvelle occupation que j’ai proposée à Cécile. Comme elle s’ennuyait, je lui ai proposé de réaliser notre première expérience de pêche. J’avais une ligne de traîne toute neuve jamais mise à l’eau, j’ai demandé à Cécile de l’essayer. Elle retient donc du bout de l’index une ligne qui suit notre sillage et nous avons tous l’espoir qu’elle nous pêche le repas vespéral. Un bon loup serait le bienvenu. Même si je sais que le temps ne se prête pas à une telle chasse. Pas assez de vent. Les loups, m’a dit un vieux pêcheur du Cap Coudalère, ne chassent que lorsque le vent est vif et fait remonter les petits poissons brouteurs. C’est à ces moments là que l’on peut espérer les tromper avec les artifices de nos lignes. Je l’ai expliqué à Cécile par honnêteté, mais nous gardons quand même espoir… Sait-on jamais… Cécile va veiller sur sa ligne tout au long de notre longue navigation. Nous sommes partis vers 14 heures, il est déjà plus de 15 heures, et, comme on va le voir, du fait des vents contraires, nous ne rentrerons au port qu’après 18h…

 

BP-arrivee-1-DSC04293Et justement, je pense à ces vents contraires et au mal que nous avons eu, lors de notre dernière sortie, à revenir au port. Il faut dire que si le matin, la brise vient de la terre, elle tourne dans l’après-midi pour venir de la mer, c’est à dire, pour nous sur le lac, du sud, c’est à dire… du port… Nous n’allons pas pouvoir rentrer directement, d’un seul bord… En prévision de ces difficultés, nous virons de bord et revenons vers le sud au près. Mais le port est exactement dans le lit du vent et plus nous en approchons, moins nous pouvons tenir un cap direct. Nous filons inexorablement vers l’autre rive. J’espère que nous pourrons aller assez loin pour virer à nouveau de bord et rejoindre le port au portant.  Mais mon espoir est vain. La côte opposée est trop proche. Pour le moment, la profondeur est encore satisfaisante, mais un pêcheur m’a mis en garde sur les hauts fonds de cette rive là aussi, lorsque la sonde indique une profondeur inférieure à 2 mètres, je me décide à virer de bord. Si sur la première partie de la navigation c’est Eric qui barrait, c’est maintenant moi qui suis aux gouvernes et j’ai du mal à tenir un près serré. J’ai tendance à laisser le bateau aller au lof et mes réflexes ne sont pas encore très bon. Je réagis trop vite sans anticiper sur l’erre du navire et il a du mal trouver un cap bien fixe. Nous faisons même à un moment un tour complet, un vrai rond dans l’eau. Nous approchons du port, mais en déviant toujours un peu trop vers le nord, aussi, je me décide à affaler et à rentrer au moteur.

L’idée était judicieuse, je le comprends lorsque nous approchons du chenal en eau profonde. Les grosses vedettes motorisées y jouent à faire des allées et venues qui soulèvent des mini tempêtes. Et surtout, j’ai l’impression qu’ils sont peu attentifs aux bateaux à voile, prioritaires pourtant. Je suis longitudinalement le chenal attendant que tous ces bruyants engins soient éloignés, et je le traverse lorsqu’ils sont à l’autre bout de leur course où ils virent pour revenir étrave redressée comme un cobra royal.

Entrée très lente dans le port, bonne position pour revenir au catway… Parfait, je rentre exactement à ma place. Eric assis à l’étrave attrape la première amarre, Nadine me croche l’autre amarre de sûreté. Bon retour, je commence à savoir revenir… Nous verrons demain pour une prochaine sortie : la météo s’annonce bonne et un nouveau matelot s’est porté volontaire…

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Publié par Patrick L. - dans Mer
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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 15:54

barreur1Je n’avais jusqu’alors navigué que sous les ordres de capitaines chevronnés, baroudeurs des mers, dévoreurs de tempêtes, navigateurs au long cours qui avaient essuyé des ouragans sur toutes les mers du globe, Bébert, le tour du mondiste, écumeur du Fastnet et de la withebread, Le maître de voile qui ne comptait plus ses traversées de l’Atlantique ou de la Méditerranée, Paul le Pirate, qui avait hanté pendant des années les côtes du golfe du Mexique, d’île déserte en île déserte… Il fallait bien qu’à mon tour j’assume le commandement de Bleu Pastel…

 

Pendant quelques jours, j’avais tergiversé prétextant du vent qui me semblait un peu fort pour un baptême de capitaine. Je me disais qu’il fallait commencer doucement, avec juste le vent qu’il faut, un vent léger et doux qui pousse les voiles sans violence et sans casse. Or, nous avions eu en cette fin de juillet un temps particulièrement agité. Même ici, où le temps était plus clément que dans le reste du pays, il y avait tous les jours une petite tramontane qui rafraichissait l’air mais levait la houle et exigeait certainement la prise d’un ou deux ris. Et je ne savais pas réellement prendre ces damnés ris… J’aurais pu en profiter pour appeler à l’aide le maître de voile, mais d’un autre côté, il fallait aussi que je me décide à me lancer seul à la mer… Il faut toujours une première fois…

 

Hier, comme chaque soir, j’ai regardé avec attention la météo locale. Chance !!! Il était prévu après des jours et des jours de vent soutenu et de bourrasques un peu sèches, un vent bien plus doux, force 2 à 3. Un petit vent gentillet qui fait avancer le bateau mais tout doucement, sans heurt et sans violence… Ce matin, au lever, je regarde si la météo tient ses promesses… Peste soit-il, elle les tient, un léger zéphyr tout juste. Je n’ai donc plus d’excuses… Il va falloir y aller. Puisque c’est comme ça, ne tergiversons pas. Allons-y sans attendre, à peine sorti du lit… Au moins, dans la matinée, il fera moins chaud que dans l’après-midi…

 

bato1Nous voici donc partis au port où Bleu Pastel est amarré. L’amarrage… Voilà une question à laquelle je n’aurais jamais eu l’idée de penser avant mon arrivée chaotique  au port la dernière fois avec Paul le Pirate. Je n’avais jamais pensé que manœuvrer un bateau au port puisse être aussi délicat que manœuvrer une voiture pour se parquer. J’ai toujours eu du mal à garer comme il faut ma voiture et je rate deux créneaux sur trois. Quand à celui que je réussis, il est tout juste acceptable avec un pourcentage d’erreur assez élevé. J’avais découvert lors de mon premier accostage que j’étais aussi peu doué sur l’eau que sur terre. Aussi, j’avais longuement étudié la question et avais demandé des conseils à des experts. Ils m’avaient expliqué toutes les finesses de l’amarrage et l’art de préparer  au ponton les amarres toutes prêtes à être saisies à l’arrivée et posées sur le bateau. Arrivés au port, nous avons donc une dernière fois examiné les amarres que nous avions minutieusement posées. Tout semblait convenable. Paré pour le retour.

 

bp-hisse-1-DSC04306Sortie du port au moteur à toute petite vitesse, et à quelques centaines de mètres de la sortie du port, je mets cap au vent pour hisser la voile… Moteur éteint et relevé,  je souque la drisse de grand-voile… Restons en là, aujourd’hui, ne tentons pas le diable et n’essayons pas de voler sur l’eau. Pas de  génois, contentons nous d’une seule voile, ce sera plus simple à surveiller… Bleu Pastel démarre, je mets cap au nord, vers Leucate… On ne va pas très vite faute de vent et faute de voiles, mais je préfère cette allure de sénateur, mon cerveau a presque le temps d’analyser ce qui l’environne…

Nous allons ainsi un moment, puis, craintif, je me dis que ce pourrait être une bonne idée que de venir croiser aux alentours du port. Je vire de bord, et c’est là que je comprends que le vent ne permet pas tout… Il est maintenant de face, il vient quasiment du port… Et il refuse de me laisser aller droit. Je m’escrime à prendre mon cap, mais voilà qu’au beau milieu du lac, des pêcheurs ont planté des piquets pour signaler leurs lieux de pêche.  Evidement, je veux les prendre au large, mais le vent capricieux se joue de mes efforts et m’y amène droit… J’essaie de virer à bâbord, le bateau part sur tribord… Cela me rappelle la fois où j’avais tenté de me déplacer sur un cheval qui avait décidé de me faire devenir chèvre…

 

Tant bien que mal on semble s’approcher du port, mais pour cela, le seul moyen, c’est de partir à rebrousse port, mettre le cap sur l’autre rive. Un petit croiseur derrière nous me donne l’exemple, il met aussi le cap vers l’autre rive du lac, mais il va bien plus vite que nous… Il triche : il a deux voiles, et des marins qualifiés… Il nous passe et continue. Nous le suivons. De loin. Lorsque je le vois virer de bord et partir vers le port, je me dis que je vais faire pareil. Hélas, trop pressé, je vire de bord trop tôt, je vais vers le port mais comme le vent est du sud est, je ne peux viser l’entrée du port, Bleu Pastel se déporte infailliblement sur bâbord. Je vais rater l’entrée du port… J’aurai aimé m’approcher au plus prêt de l’entrée du port et n’affaler qu’au dernier moment, mais j’en ai assez… J’affale la grand voile, remet le moteur en marche et c’est la tête basse que nous allons vers le port au moteur…

 

Voici maintenant la dernière épreuve, l’accostage. On rentre en vitesse minimale dans le port, je prends le plus au large possible pour bien viser ma place. Qu’elle est étroite !!! Arrivée lamentable avec des essais multiples, au ponton, Nadine saute sur le catway, me donne la première amarre, mais le bateau s’échappe… Une vacancière apitoyée vient à notre secours et nous aide à arrêter la bête… Nous l’amarrons enfin…

 

Finalement, nous avons réussi, non seulement à partir, mais même à revenir… Ce n’est pas si mal… Même si maintenant, la moitié des marins du Barcarès se moquent de nous en se racontant notre misérable équipée…

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 18:06

J’avais conté par ailleurs comment mon ami Paul devint il y a fort longtemps Pirate des caraïbes, au temps où il naviguait sous les tropiques. Paul, maintenant, en vieil aventurier, s’est retiré à Port la Nouvelle, patrie d’Henri de Monfreid, l’homme de la Mer Rouge. Lorsque je lui ai annoncé l’arrivée de Bleu Pastel, il a aussitôt trouvé un créneau dans son emploi du temps professionnel chargé pour venir l’essayer. Paul est donc arrivé hier, samedi, sur le coup de 14h30 (Paul se lève tard dès qu’il le peut). Nous n’avons pas perdu de temps en salamalecs et sommes partis au port. Là, Paul a longuement fait le tour du bateau. On ne part pas au pied levé sans avoir tout préparé et vérifié. Paul a regardé tout l’équipement et vu aussitôt ce qui clochait. La drisse d’enrouleur qui était mal placée et exigeait une poulie de renvoi au pont, le mouillage qui était trop minimaliste, les haubans à bien équilibrer… On sentait bien que c’était imprudent de partir ainsi… Aussi, nous avons décidé d’aller faire quelques emplettes dans un magasin d’accastillage pour parer aux réparations les plus pressées. Nous sommes donc partis près de Perpignan à la grande surface d’accastillage que j’avais repérée, et j’y ai acheté une poulie de pont, un peu de cordage, et une pince étau. A charge pour moi de compléter ensuite ma trousse à outils.

Revenus au bateau, nous avons installé la poulie, et je dois reconnaître que c’était bien utile car si jusque là j’avais bien du mal avec cet enrouleur dont l’écoute s’enroulait à l’extérieur, depuis la pose de cette poulie, il fonctionne à merveille. Nous avons tout bien vérifié. Le temps avait passé et il était près de 5 heures de l'après-midi (a las cinco de la tarde...). Ma tendance à la procrastination me rattrapait et je commençait à émettre l’idée de remettre le départ au lendemain compte tenu de l’heure tardive. Mais Paul de son côté adore faire les choses en retard. Il a un côté espagnol qui le fait diner à 15h et souper à 23 heures… L’heure lui paraissait au contraire excellente pour sortir même si les autres bateaux commençaient à rentrer au port…

 

Nous étions cul à quai. Tout d’abord, démarrer le moteur. Un peu de mal pour cela mais l’intervention d’un navigateur voisin adepte des moteurs me permit de bien comprendre la manœuvre. Nous voici donc partis. Pas facile de guider un bateau au moteur pour sortir du port, mais il faut bien apprendre… Il y avait fort peu de vent, ce qui était rassurant pour un néophyte. Arrivés à quelque distance de l’entrée du port, je me mets face au vent et coupe le moteur. Hisse la grand-voile !!!, déroule le génois… La surface de l’eau est parfaitement calme si ce n’est les vagues provoquées par le passage des bateaux à moteur dont le fracas trouble la quiétude des lieux. Nous avançons avec juste le bruit du sillage. C’est divin. Mais Paul prend au sérieux son rôle de professeur. Il décide de tester ce mouillage qui ne lui inspire pas confiance. Cela me fera un exercice utile. Je ne suis pas pressé d’apprendre à mouiller, mais on ne peut résister à Paul. Il a tout des typhons océans et il serait vain de lui résister. Nous affalons donc, et je vais m’installer à la prou, les pieds dans la baille à mouillage, je sors l’ancre et sa chaine et la mouille. Je laisse ensuite filer une bonne longueur d’orin pour que la chaîne participe à la qualité du mouillage. Paul se demande si cette méchante ancre de fonte en forme de grappin (une ancre parapluie) va tenir sur le sable. Il me conseille d’acheter au plus vite une ancre plate avec une bonne longueur de chaine. Le bateau se dandine un moment et puis il va et vient d’un côté l’autre. C’est bon, me crie Paul, c’est la preuve que l’ancre a croché. Nous restons là un moment, le temps de souffler… C’est qu’il va falloir remonter l’ancre, rehisser les voiles et rentrer au port. Il se fait tard. Il est près de 20 heures et il n’y a pratiquement plus personne sur le lac marin. Le vent reste faible mais nous avançons quand même et rejoignons l’entrée du port. Reste le plus difficile pour moi. Le plus difficile, car je ne l’ai jamais fait : rentrer dans le port au moteur, retrouver ma place, et surtout réussir à m’y insérer tout doucement, sans me fracasser contre le quai. Heureusement, ma défense à quai est en place et amortira une arrivée trop rapide. Un peu de mal, quelques à coup, un peu de bagarre entre marche avant et marche arrière, quelques manœuvres, mais finalement, j’arrive à ma place. Il faut dire que Paul m’a été d’un grand secours en crochant le ponton avec la gaffe et en y sautant dessus avec une amarre pour assurer le bateau. J’ai encore beaucoup à apprendre de ce côté là… Mais enfin, me voilà revenu. On peut tout ranger sur le bateau, bien l’amarrer, l’assurer au quai, et le refermer…

 

Fin de sortie. La première sans le Maître des voiles, mais avec l’aide du Pirate toutefois… Je suis épuisé. Et affamé… Il est 20h30… Retour à la maison pour reprendre des forces…

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Publié par Patrick L. - dans Mer
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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 21:48

Malgré mon caractère aventureux, je reste d’une grande prudence, aussi, bien que comptant sur l’efficacité du maitre de Voile, j’avais pris des précautions pour cette course lointaine. Je m’étais harnaché d’un gilet de sauvetage pour parer à l’éventualité d’un naufrage. C’était d’autant plus prudent que je nage à peu près aussi bien qu’un fer à repasser. C’est à dire qu’en fait, j’arrive à nager, sur plusieurs mètres même, à condition d’avoir l’assurance de pouvoir poser le pied au sol si jamais il m’arrivait de m’embrouiller dans la délicate gymnastique du nageur. Ainsi, pour nager, il me faut partir debout dans l’eau. Avec pas trop d’eau. Pour retrouver le sol plus facilement. Je me lance alors. En douceur, et je nage. Mais en lançant régulièrement un pied vers le fond pour vérifier sa présence. Après lecture approfondie des cartes marines de la région, j’avais dû convenir que la profondeur risquait parfois de dépasser la confiance que je gardais pour mes capacités de nageur. J’ai donc acheté une brassière de sécurité pour marin confirmé, à ouverture automatique en cas de chute malencontreuse à l’eau.

Ce matin là, le temps, contre toute civilité avait désobéi à la météo marine qui la veille annonçait un vent raisonnable. Le vent était plus fort que prévu. Rien de bien méchant toutefois mais un petit force 7 qui cachait des bourrasques imprévues. Mais la traversée était programmée, il fallait partir !!! Le maitre de Voile lui-même reconnut qu’il y avait un peu de vent pour un jeune padawan de mon acabit, mais il n’était pas inquiet. Tout ce que nous risquions ce serait que le mal de mer me prit et me fit vomir mes tripes.

Je crus bien que cela allait arriver lorsqu’au sortir du port il me fallut hisser les voiles. Je souquais ferme la drisse de grand-voile pour la hisser tout en haut du mat. Dieux qu’il fallait tirer fort… Saleté de voile qui ne veut pas monter. Je tire de toutes mes forces, m’essouffle, je tire encore, elle est à mi-mat encore un effort, je perd souffle, je tire, j’ai trop serré le harnais de ma brassière de sécurité, il m’étouffe, je tire, je faiblis, plus que quarante centimètres, je me demande si je vais y arriver, une nausée me vient, ce matin, j’ai juste bu un café au lait, je n’ai plus de forces, je tire… Enfin… La voile est hissée… Je n’ai plus de souffle, j’ai envie de vomir… La tête me tourne… Est-ce le mal de mer ? Je me sens très mal. En tremblant, je desserre le harnais. Ca va mieux. Mais pas encore très bien. Je le desserre encore. Je respire mieux. Je reprends souffle. Les forces me reviennent… La nausée s’éloigne… La prochaine fois, je serrerai moins ce damné harnais…

La mer est assez forte et les creux vus de près sont impressionnants. Ils font un bon mètre… Mais Bleu Pastel sait amadouer la mer. Il monte sur la vague puis redescend avec obstination sauf lorsque les vagues sont trop hautes ou trop serrées. Dans ces moments là, arrivé en haut de la vague, l’étrave se dresse et sort de l’eau puis retombe en tapant. C’est assez impressionnant pour le néophyte. Le bateau avance bien. Comme il n’est pas équipé d’un loch, je pense à l’une de mes applications sur iPhone. iSail justement est un navigateur GPS marin qui calcule la vitesse. Je l’active et le garderai à disposition pendant toute la route. Le bateau avance autour des 5 nœuds, les dépassant souvent. Il faut dire que le vent est bien établi et que l’on n’a même pas entièrement déroulé le génois. Nous passons vite Sainte Marie sur Mer, nous restons tout près de la côte à la vue directe des bouées des trois cent mètres. Nous prenons régulièrement des paquets de mer et je suis trempé. Ce n’est pas désagréable car la température reste clémente, mais c’est la vision qui en souffre le plus : mes lunettes sont dégoutantes d’eau de mer et lorsqu’elles sèchent, elles laissent sur les verres une couche de sel qui rend ma vision pour le moins approximative au point que je préfère les ôter. J’y vois beaucoup mieux même si les lointains sont flous…

MG 4911Nous passons bientôt au large du Barcarès. Notre ponton est là, de l’autre côté du lido, à un mille nautique à vol d’oiseau, mais la route directe nous est interdite : deux ponts au tirant d’air insuffisant nous empêchent de passer. Il nous faut rejoindre le grau de Leucate où le pont routier a un tirant d’air de 14 mètres qui nous laissera largement passer. Nous continuons donc cap au nord, passons devant le Lydia, échoué sur le sable du Barcarès depuis plus de quarante ans, passons la plage de Leucate et sa promenade de bois qui s’avance sur la mer. Nous arrivons enfin à l’entrée de l’avant-port de Leucate. Nous voici enfin à l’abri de la houle. Le vent reste fort, mais la mer est quasi plate. Nous remontons le grau toujours dans un pré serré, et après notre entrée dans le lac marin, nous pouvons enfin virer de bord et nous trouver au portant. La bateau file toujours bon train mais un grincement nous inquiète. Aurions nous touché le fond ? Un coup d’œil au sondeur. C’est ça, nous avons dérivé vers les haut fonds… A tâtons, l’œil fixé sur le sondeur, nous cherchons une route avec un fond plus raisonnable… C’est bon, 1,5 mètres, 2 mètres, nous réussissons à rester dans cette fourchette. Nous sommes fatigués, et surtout, le Maître de Voile est pressé d’arriver : il a une leçon à 14h à Saint Cyprien et il est près de 13h. Enfin nous arrivons à l’entrée du petit port du cap Coudalère. Notre mouillage nous attend… On affale les voiles et nous rentrons au moteur. Un peu de mal à prendre notre place d’autant que je n’ai pas encore eu le temps d’installer la défense contre le quai… Elle est dans le bateau et il faudra l’installer à l’arrivée. La Maître de Voile décide d’accoster à reculons pour éviter les coups contre le quai. Il ne nous reste plus qu’à bien amarrer Bleu Pastel et à rentrer… Rentrer ? Pas tout de suite !!! Nos voitures sont à Canet Plage. Mais le vendeur de Bleu Pastel nous a proposé de venir nous chercher dès notre arrivée. Nous le sonnons donc par téléphone, lui expliquons approximativement où nous sommes et pour gagner du temps nous traversons à pied la presque-île jusqu’à la route rapide de Perpignan. Il fait chaud, je suis fatigué. Attente. Téléphone. Notre chauffeur n’arrive pas à nous trouver !!! Nouvelles explications, attente… Le voilà !!! Sa voiture est climatisée… C’est merveilleux… Je suis épuisé…

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 17:28

Homme libre, toujours tu chériras la mer... Il y a maintenant bien longtemps que je garde au fond de moi un rêve d'océan. Cela n'a rien de bien extraordinaire, mais il est vrai que j'ai souvent tourné autour de cette idée maritime...

Ainsi, lorsque jeune professeur débutant qui devait choisir la ville où il enseignerait, j'avais organisé mes voeux autour de villes qui s'égrenaient le long de nos côtes, du sud au nord de la France. Et la marée m'avait jeté pour 6 ans sur les côtes normandes à Granville... J'y avais rencontré des collègues navigateurs, je me souviens de Bébert, une figure de légende dans ce vieux port morutier où tout le monde célébrait ses qualités de marin d'exception. Il courait le Fastenet et d'autres grandes courses dans le temps que lui laissait l'éducation nationale. Des années plus tard, j'ai appris qu'il avait participé à une course autour du monde sous les ordres de Patrick Tabarly. C'était le plus réputé de nos marins et il m'a fait rêver de mer. C'est lui qui m'a amené sur l'eau pour la première fois. Il m'a donné un début d'initiation à la mer, mais les mutations administratives m'ont ramené à terre alors que je commençais à édifier des rêves maritimes...

 

MG 4910J'ai oublié le mer pour de longues années : la vie a ses contraintes qui mettent des barrières que l'on ne sait franchir...

Et puis, le temps a passé, les enfants ont grandi, et le goût de la mer est revenu...

L'année dernière, je suis revenu poser un pied sur nos plages à contempler l'horizon. Et les rêves sont revenus... Alors, cette année, j'ai décidé de craquer, de céder au démon qui me ramenait sur les traces de cet arrière-grand-père que je n'avais jamais connu et qui était pêcheur à Gruissan, partant chaque matin sur son esquif, la "Germaine" tendre ses filets au large. En ce temps là, Gruissan était encore un village de pêcheurs, pas encore une cité consacré au tourisme...

 

J'ai décidé que cette fois, on allait aller jusqu'au bout. J'allais acheter un bateau. Oh, je serais raisonnable, ce serait un petit bateau. Pas trop cher, pas trop grand. Un bateau pour apprendre. Pour apprivoiser la mer. Un bateau école en quelque sorte. 

 

J'ai repris la lecture des grands classiques de la navigation, le manuel des glénans, mais aussi le code Vignon de préparation du permis maritime. J'ai lu les meilleurs magazines consacrés à la question, Voiles et Voiliers, Bateaux... Je suis allé rencontrer tous les shiplanders et vendeurs de bateaux de la région. J'ai écumé les petites annonces, je suis allé voir des quantités de bateaux offerts à la vente... Et finalement, je me suis décidé... J'ai trouvé l'oiseau rare... L'oiseau de mer évidemment...

 

Bleu Pastel, car c'est comme cela que je l'ai nommé, est un petit dériveur lesté de 6 mètres quarante. Je lui ai donné ce nom en double hommage, au Pastel, qui fit la gloire et la fortune de ma ville, Toulouse, et au bleu, qui est une référence à la famille de mon bateau puisque sa série se nomme "Blue Djinn". Et le bleu est aussi la couleur du pastel... Lorsque j'ai acheté Bleu Pastel, je n'ai naturellement pu le chevaucher tout de suite. Il fallait le préparer à la mer. L'armer, comme disent les marins... Et j'étais impatient de le découvrir. C'est que j'étais un peu inquiet... Et si je n'arrivais pas à le dompter ? Et si je ne supportais pas la mer et vomisse mes tripes aussitôt sur l'eau ?

Et bien, je peux tout de suite vous rassurer, après deux premières sorties où un Maître de Voile m'avait donné mes premières leçons, j'ai effectué hier ma première grande sortie pour ramener Bleu Pastel du port de Canet en Roussillon au port de la marina du Cap Coudalère, au Barcarès... Une course de... une bonne quinzaine de milles.... Et cela avec un vent fort et une mer assez agitée... Et bien cela s'est bien passé... La preuve, je suis là pour vous conter la choses...

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